UN SIÈCLE D’HISTOIRE DU CALVADOS

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TROARN

Canton de Troarn

Les habitants de la commune sont des Troarnais, Troarnaises

Juin 1843   -  Nouvelles du département.   -   Les pluies qui depuis six semaines sont tombées presque sans interruption ont, pour la seconde fois depuis le temps qui habituellement se nomme la belle saison, inondé le bas pays de la vallée d'Auge.

Il y a quelques jours encore, la chaussée de Troarn était couverte de vingt centimètres d'eau, et pour passer de ce bourg à Saint-Samson, il fallait des barques comme dans les mauvais jours de l'hiver. En ce moment il y a plus de 60 centimètres d'eau sur les prairies.

A Pont-1'Èvèque, la Touque était également débordée, et la lenteur avec laquelle les eaux s'écoulent prouve que les bassins supérieurs de la Touque et de la Dives ont reçu des quantités considérables de pluie. Dans toute la contrée les petits foins sont fort compromis.

Si le temps, se rétablit, comme les vents passés au nord depuis deux jours le font espérer, les prairies artificielles pourront encore donner ce qu'elles promettaient au commencement de la saison.

Quant aux blés, ils n'ont pas souffert, l'apparence est belle, mais l'époque de la floraison approche, et les pluies, à la fin de ce mois, feraient beaucoup de mal. La floraison des pommiers s'est bien faite. Les pommes seront abondantes cette année, et bien des gens cherchent déjà une consolation dans l'aspect des vergers. Il y a déjà baisse sur le prix des cidres et des eaux-de-vie. Cependant tout demande du soleil. (source : L’Indicateur de Bayeux)

 

Juin 1843   -  Nouvelles du département.   -   Dimanche, les processions de nos diverses paroisses ont parcouru la ville par un beau temps et au milieu de l'affluence de la population. Plusieurs reposoirs élégants attiraient l'attention des nombreux curieux qui se portaient en foule dans les rues où ils se trouvaient établis. (source : L’Indicateur de Bayeux)

 

Juin 1843   -  Nouvelles Locales.   -   Lundi dernier, l'eau qui n'a cessé de tomber toute la journée et une partie de la nuit, a gonflé extraordinairement les rivières de Vie et de Dives. Lundi soir, Vimoutiers avait, dans ses rues, un torrent de plus d'un mètre de hauteur qui a causé les plus grands ravages.

Mardi on évaluait la perte à environ 200 000 fr. Ces dégâts ne sont rien auprès des pertes éprouvées dans la vallée d'Auge qui a été complètement submergée, et qui n'est encore aujourd'hui qu'un vaste lac. L'orage s'est étendu dans la vallée d'Orbec ; plusieurs bestiaux ont été entraînés, et quelques usines ont eu à souffrir. (source : L’Indicateur de Bayeux)

 

Janvier 1866  -  Changement au marché.  -  Il est question, paraît-il, de faire subir d'importants changements au marché de Troarn, afin de donner plus détendue à cette place, par la démolition de bâtiments qui ne répondent plus aujourd'hui, d'une manière satisfaisante, à leur destination primitive, et qui coûtent plus d'entretien qu'ils ne rapportent de revenus. On agirait ainsi dans le but d'avoir un emplacement convenable pour la tenue des deux foires qui se tiennent dans cette localité aux époques de Quasimodo et de la Saint-Martin, novembre, attendu qu'il n'existe aucun emplacement satisfaisant à cet égard.

D'un autre côté, comme le marché aux bestiaux prend, chaque samedi, de l'importance, et que les animaux exposés en vente sont entassés dans l'enceinte du

marché, à la grande incommodité des divers marchands-étalagistes qui y sont établis. On aurait, par les améliorations projetées, une étendue de terrain suffisante pour donner satisfaction à tous les intéressés.

 

Avril 1866   -   Un accident.   -   Un accident, qui pouvait avoir des suites les plus graves, est arrivé à Troarn, mercredi dernier, vers neuf heures du matin. La voiture publique de Dozulé, appartenant au sieur Samson, et qui part de Caen tous les matins, en retour pour Dozulé, après s'être arrêtée quelques instants à Troarn, à l'hôtel de M. Valdampierre, continuait tranquillement sa route, quand le cheval, effrayé sans doute par quelque objet qui lui portait ombrage, partit tout à coup à fond de train et descendit la côte, sans que le conducteur put s'en rendre maître ni serrer la mécanique de la voiture. Au moment où il allait atteindre le bas de cette côte, une servante qui venait de faire abreuver des bêtes à cornes à la rivière, marchait à la rencontre de la voiture avec ses bestiaux éparpillés sur la route. Le conducteur voulant les éviter, dirigea son cheval avec peine vers le trottoir, mais la roue en ayant approché de trop près, et l'une des vaches se trouvant malheureusement devant cette roue, il en résulta un choc violent qui fit verser la voiture dans laquelle se trouvait sept voyageurs.

Par un hasard présidentiel, il n'y eut personne de blessé, sauf une dame qui eut la main excoriée. La vache, qui avait causé en partie cet accident, a eu le flanc déchiré jusqu'au sang, sans que la blessure présente de la gravité. Quant à la voiture, elle a été endommagée par la chute et n'a pu continuer son service.

Plusieurs personnes témoins de l'accident et notamment M. Leroy, propriétaire et maire de Saint-Samson, se sont empressés de mettre leur voiture à la disposition des voyageurs et de les conduire à Dozulé.

Les voyageurs et les témoins de l'accident sont unanimes pour déclarer qu'il n'y avait pas de faute du conducteur.

 

Mai 1866   -   Un accident au marché.    -    Le samedi de la semaine dernière, dans l'après-midi, un accident qui, fort heureusement, n'a pas eu de suite de grave, est arrivé sur la place du marché de Troarn.

Ce jour-là, on avait amené au marché près de cent bêtes à cornes que l'on avait placées dans un espace libre aux environs de la halle aux grains. Vers deux heures de l'après-midi, on fut obligé de changer ces animaux de place, afin d'approcher de la halle les voitures des meuniers pour enlever les grains vendus.

Dans ce changement, les bestiaux dont il s'agit, attirés par la verdure et les légumes des maraîchers et affamés qu'ils étaient par leur long séjour sur le marché, se précipitèrent malgré leurs gardiens, sur les étalages et en renversèrent plusieurs notamment celui de la veuve Tourniant, marchand de légumes à Troarn. Cette femme, qui est âgée, fut bousculée et son étal renversé, sa marchandise plus éparpillée dans le ruisseau et foulée sous les pieds des bestiaux, heureusement que cette pauvre femme en fut quitte pour la peur et pour voir sa marchandise avariée.

Ces fait, qui se renouvelle fréquemment n'auraient pas lieu si l'on avait un endroit convenable pour y fixer le marché aux bestiaux, au lieu de le faire tenir dans l'emplacement étroit qui leur est réservé derrière les marchands de légumes, ce qui expose fréquemment ces derniers à des inconvénients de toute nature de la part des bestiaux qui sont en liberté.  

 

Juin 1866   -   Au Conseil municipal.   -   Le Conseil municipal de Troarn a soulevé dernièrement, la question d'établir un télégraphe électrique en ce bourg. La proposition d'abord accueillie avec indifférence par quelques membres, a fini par avoir la sympathie une forte majorité, et bientôt, les membres opposants, reconnaissant, d'après les explications et les développements qui ont été donnés à ce sujet, les avantages qu'offrirait cette institution, se sont ralliés à la majorité.

Tout fait donc espérer que le bourg de Troarn sera favorisé d'une station télégraphique.  

 

Septembre 1866   -   Un bruit qui court.   -   Il n'est que bruit, depuis quelque temps, dans les bourgs d'Argences et de Troarn et les communes des environs, d'une audacieuse mystification commise, au préjudice d'une vieille dévote du bourg d'Argences, par une intrigante de bas étage, sans moralité et presque son feu ni lieu, qui ne tire ses moyens  d'existence que du vice et de la débauche la plus crapuleuse, malgré sa difformité et ses traits repoussants.

Cette fille perdue, qui n'a d'autre occupation que de faire des dupes et qui a été condamnée, il y a quelques jours par le tribunal de simple police de Troarn, à 10 jours de prison et à  l'amende, pour injures et sévices envers ses voisins, ayant appris qu'une dame X..... Possédait des sommes assez importantes, résolut, par des moyens de captation de tromper la confiance aveugle de cette dame.

Elle se fit, auprès d'elle, l'intermédiaire d'une prétendue marquise de Boisverd qui, disait-elle, était très riche, mais qui se trouvait momentanément dans la gêne, elle l'avait chargée de lui trouver des fonds dont elle paierait largement l'intérêt à un taux de 30 à 40 pour cent, et, pour donner plus de poids à ses paroles, l'intrigante dont il s'agit lui montrait de prétendues lettres de la marquise de Boisverd, qu'elle s'adressait à elle-même par la poste.

Pour mettre le comble à ce tissu d'impudence et de fourberie, cette fille se faisait passer comme étant la nièce d'une personne notable du canton de Dozulé (M. Foucher de Careil), et proche parente de la baronne de Trois-Etoiles.

à force de faire valoir, aux yeux de la dame X...., les avantages d'un placement aussi lucratif, notre audacieuse intrigante finit par obtenir de celle -ci une somme que l'on élève de 4 à 5000 francs, lequel argent lui fut versé sans exiger, paraît-il, ni obligation notariée, ni garantie quelconque...

De sorte que Mme X.... est exposée à perdre son argent, par l'excès de confiance qu'elle a eue dans l'intrigante dont il s'agit, laquelle mène une vie aisée et facile depuis qu'elle a su trouver les moyens de se procurer des fonds pour satisfaire à tous ses désirs.  

 

Septembre 1866   -   Le mauvais temps.   -   Les bourrasques que nous avons essuyées pendant le cours de la semaine dernière, ont occasionné quelques dégâts dans les champs, aux arbres fruitiers. On voit notamment dans le canton de Troarn, dont quelques communes sont  richement plantées en pommiers, beaucoup de branches chargées de fruits, qui gisent sur le sol et qui ont été détachées du tronc par la violence du vent.

 

Novembre 1866   -   Une enquête.   -   Le dimanche 28 octobre dernier, une enquête de commodo et incommodo a eu lieu, à la mairie de Troarn, sous la présidence de M. le juge de  Paix du canton, et relative au projet d'agrandissement du cimetière de cette localité.

La presque totalité des habitants a été favorable à ce projet.  

 

Février 1867   -   Inondation.   -  Le dégel a produit une grande crétine dans la vallée de la Dives. Les cours d'eau ont débordé et sont venus ajouter à l'inondation, qui est général dans toute la vallée.

Samedi dernier, les personnes qui se rendaient à pied, au marché de Troarn, étaient obligées de passer dans une écaude, la chaussée de Troarn, entre ce bourg et Saint-Samson, qui était couverte par les eaux.  

 

Mars 1867   -   Une enquête.   -   Une enquête de commodo et incommodo, pour l'agrandissement du cimetière de Troarn est ouverte, depuis bientôt un mois, à la mairie de ce bourg et se trouve sur le point d'être terminée.

Une enquête semblable avait eu lieu au mois d'octobre dernier, mais n'ayant pas été favorablement accueillie par l'autorité supérieure, pour cause d'irrégularité, on a été autorisé à en ouvrir une nouvelle.  

 

Mars 1867   -   Une drôle de situation.    -   Le vendredi 22 de ce mois, au déclin du jour, le sieur Audrieu dit Boisot, domestique chez M. Valdampierre, aubergiste à Troarn, alla à la rivière dite du Pont-Hachet, emplir des barriques, avec une charrette attelée d'un cheval. Lorsqu'il fut entré dans la rivière, dont l'eau est extrêmement haute par suite de la crétine, le cheval s'avança dans le milieu et chercha à la traverser en voulant passer sous le lavoir, mais il se trouva engagé par son collier à la couverture du hangar et n'ayant plus que la tête au dessus de l'eau.

Le sieur Audrieu, voyant la position critique de l'animal et sans tenir compte du danger qu'il courait lui-même, se jeta résolument dans la rivière, ayant l'eau au cou, pour dégager son cheval, il fut assez heureux d'y parvenir sans accident.  

 

Juin 1867   -   Une bien triste nouvelle.   -   Le sourire et les larmes, se suivent souvent, dans la vie, de plus près qu'ils ne le devraient faire. En voici un nouvel exemple, datant d'hier à peine.

Le lauréat du concours d'adultes du canton de Troarn, un jeune homme de 16 ans, nommé Albert Legregeois, et fils du maire de la commune de Petiville, est mort presque subitement,  au lendemain de ses triomphes.

Son inhumation a eu lieu le 7 courant, en l'église de sa commune, au milieu d'une assistance aussi péniblement impressionnée par le jeune âge du défunt, que par le souvenir de ses nombreuses et excellentes qualités.  

 

Juin 1867   -   La Fête-Dieu.   -   Dimanche dernier la Fête-Dieu a été célébrée, à Troarn, avec une pompe inusitée.

Au nombre des reposoirs que l'on avait édifiés sur le parcours de la procession, on en avait établi un dans une cour dite  « Cours d'Enfer », dont la réputation est due, paraît-il, au caractère de ses habitants.

Au moment où la procession venait de quitter ce reposoir, un chat s'élança sur l'autel et chercha un refuge au milieu des candélabres et des vases de fleurs. On redouta un instant que le chat ne causât quelque dommage, mais il n'en fut rien heureusement.

Quelques dévotes superstitieuses ont été péniblement impressionnées à la vue du quadrupède, elles attribuaient cette apparition spontanée à la présence du malin esprit, qui avait pris la forme d'un chat, pour protester, par sa présence, contre la spoliation que l'on faisait de son domaine.  

 

octobre 1867   -   L'orage du 3 octobre.   -   Troarn, de son côté, n'a pas été épargné. La foudre est tombée jeudi soir sur l'église, qu'elle a fortement endommagée.

Tous les carreaux du cintre de la porte principale ont été cassés. Le cadran de l'horloge, qui est en faïence, a été endommagé et a cessé de fonctionner après l'explosion, on a remarqué que l'aiguille s'est arrêtée à 11 h. 1/2, c'est le moment où elle a été frappée de la foudre.

Le côté de la tour au nord a aussi beaucoup souffert. À l'angle nord, la corniche a été arrachée par le fluide, et les pierres en tombant ont trouvé la toiture en plusieurs endroits. L'angle ouest du même côté de la tour qui est fermé d'un cordon de pierre partant de la base du clocher et allant au sommet, a eu plusieurs pierres détachées par le fluide électrique. Des dégâts ont été commis également à plusieurs autres endroits de la tour. Une croisée située au dessus du rez-de-chaussée auprès du clocher, côté nord, a eu la majeure partie de ces carreaux cassés, les traverses en fer ont été forcées ou tordues par la foudre.

Vu l'état de dégradation dans lequel se trouve le clocher, on a jugé prudent de suspendre toute sonnerie.

La commission  produite par la décharge a donné naissance à des phénomènes surprenants. Plusieurs maisons, aux environs de l'église, ont eu des carreaux de cassés. L'éclair, qui a été suivi immédiatement du tonnerre, a produit une si grande clarté dans les maisons, que l'on croyait à un incendie. Des personnes ont été renversées à terre dans leurs maisons, d'autres ont été transportées de leur lit au milieu de leur appartement, enfin, tout le monde a ressenti plus ou moins les effets de la commotion électrique.

 

Octobre 1867   -   Les conséquences de l'orage.   -   Les pluies abondantes qui sont tombées la semaine dernière, à la suite de l'orage du 3 de ce mois, ont produit une crue d'eau partielle dans les marais de Troarn. La zone connue sous le nom des Rivières-de-Bures, est entièrement submergée, on a été obligé de retirer les bestiaux qui étaient au pâturage dans  cette commune du bassin de la Muance.

Ce contre temps porte un grave préjudice aux fermiers de ces prairies, attendu qu'ils ont été contraints de rentrer prématurément leurs bestiaux à l'étable, tandis qu'ils les laissaient ordinairement jusqu'à noël au pâturage.  

 

Février 1868   -   Une reconstruction.   -   Depuis quelques jours déjà on travaille activement, à construire l'échafaudage pour la réparation ou la reconstruction du clocher de l'église de Troarn, qui a été foudroyé pendant l'orage qui a éclaté avec tant de fureur le 3 octobre dernier.

Nous disons reconstruction, car on nous a affirmé qu'on a reconnu la nécessité de rétablir le clocher à neuf, en présence des graves dégâts qui compromettent sa solidité et qui ne permettent pas d'y faire des travaux de consolidation.  

 

Avril 1868   -   La fin des travaux.   -   Les travaux de reconstruction du clocher de Troarn sont terminés. Le sommet de la flèche a été surélevé d'environ un mètre cinquante centimètres.

Les travaux ont été faits sous la direction de M. Carel, appareilleur. L'entrepreneur M. Marie, de Caen, s'en était rendu adjudicataire pour 7800 francs.

Un photographe de Caen, s'est rendu à Troarn la semaine dernière, pour tirer la photographie du clocher avant la démolition de l'échafaudage. Il a fait poser les ouvriers à différents étages, afin de rendre plus pittoresque la vue photographique.  

 

Avril 1868   -   Une adjudication.   -   Lundi prochain, on passera, en adjudication, à la mairie de Troarn, des travaux d'appropriation à faire à l'abattoir et à la boucherie de cette localité.

Le devis estimatif, dressé par M. l'agent voyer, s'élève à la somme de 1450 francs.  

 

Avril 1868   -   Sur la voie publique.   -   Pendant le cours de la semaine dernière, des femmes de Troarn, après s'être dit beaucoup d'injures, se prirent aux cheveux, sur la voie publique. Après qu'elle se furent administré force horions, elles songèrent à ramasser leurs toupets, qui étaient restés sur le lieu de la lutte. Comme ces pauvres chignons avaient été piétinés pendant la bataille, ils étaient tellement méconnaissables, qu'ils faillirent donner lieu à un nouveau combat, chacune des adversaires revendiquant comme sien celui qui était le moins avarié.  

 

Octobre 1868   -   Une station télégraphique.   -   Depuis quelques jours, des ouvriers sont occupés à planter des poteaux télégraphiques entre Caen et Dozulé. Troarn, situé à mi-distance de ces deux points, deviendra station télégraphique et aura bientôt son bureau établi.  

 

Novembre 1868   -   Le marais.   -   Mercredi dernier, dans la matinée, la dame Veuve Langlois, demeurant à Troarn, revenait de voir ses bestiaux, qu'elle avait émis au pâturage dans un herbage de l'ancien marais de cette localité, quand elle fit, sur la route,  la rencontre d'une bande de bêtes à cornes qui marchaient librement.

La dame Langlois, voulant éviter d'être bousculée par ces animaux, se rangea de côté sur la berge, mais une vache fondit sur elle aussitôt et, la saisissant avec ses cornes, la précipita dans le fossé plein d'eau qui borde la route.

Heureusement que la dame Langlois parvint à se retirer de cette fâcheuse position sans accident, mais, comme cette femme est d'un âge avancé et qu'elle a ressenti une grande émotion de cette chute, il reste à craindre qu'il n'en résulte pour elle des suites fâcheuses.  

 

Janvier 1869   -   Autrefois.   -    Autrefois, pendant l'hiver, le marché de Troarn était toujours abondamment pourvu de gibier sauvage, que les chasseurs de la vallée de la Dives venaient y vendre le samedi. Ce commerce avait pris une certaine importance qu'il est loin d'avoir aujourd'hui.

Depuis que la vallée de la Dives n'est plus submergée pendant l'hiver, c'est à dire depuis l'époque où l'on a commencé les travaux d'assainissement, le gibier sauvage, ne trouvant plus l'attrait qui l'attirait, à cette époque, dans les marécages de la vallée, l'a abandonnée complètement.

Aussi, le marché actuel de Troarn, relativement à cette espèce de gibier, est complètement nul. C'est à peine si on y expose en vente une vingtaine de pièces de gibier, tandis qu'ils se vendait naguère encore par centaines.

 

Mars 1869   -   Un accident.   -   Le sieur L...., herbager à Sannerville, revenant du marché de Beaumont-en-Auge, voulu, en passant sur la chaussée de Troarn, traverser la rivière la Muance, afin de laver son cabriolet. Quand il se fait avancé dans la rivière, l'eau entra dans son cabriolet et son cheval fut soulevé par le courant. Des pêcheurs, témoin de sa détresse, allèrent à son secours au moyen d'écaudes et aidèrent à le tirer de sa position dangereuse, il en fut quitte, heureusement, pour un bain froid prêt en cabriolet, extrêmement rare, on en conviendra.  

 

Avril 1869   -   La mer et les naufrages.   -   Dans la nuit de samedi à dimanche, un nouvel ouragan s'est déchaîné sur notre contrée.

Vers onze heures, le vent, qui était au sud-ouest, a sauté brusquement au nord, et a soufflé en tempête jusqu'au lendemain.

C'est entre deux et trois heures du matin que l'ouragan a éclaté avec toute sa violence. Les maisons étaient ébranlées comme par un tremblement de terre, par moments, on eut dit, tant la rafale était bruyante, que les éclats de la foudre se mêlaient assez mugissements.

À Caen, aucun accident grave n'est arrivé. Sur le cour, quelques baraques seulement ont été renversées.

Sur les berges du canal, 12 à 15 arbres ont été rompus, principalement dans la vallée située entre Blainville et Bénouville.

Par suite du mauvais temps qu'il faisait dimanche, les steamers pour Caen et Trouville sont restés au port.

Cette tempête a produit également de nouveaux dégâts, non seulement aux toitures, dont elle a arraché des tuiles ou des ardoises en quantité, mais aussi dans les champs et les vergers où elle a couché sur le sol une grande quantité d'arbres à fruits.

De plus, elle a donné une crue considérable à la crétine qui envahit la prairie de Caen et la vallée de la Dives dans toute son étendue, de telle sorte que la route de Caen à Rouen, dans la traverse de Troarn à Saint-Samson, est complètement ensevelie  sous l'eau, dont la hauteur atteint, en quelques endroits, plus de 50 centimètres.

Depuis dimanche dernier, l'administration des ponts et chaussées à organisé un service de Charette pour passer les piétons qui circulent sur la route de Troarn à Saint-Samson. De longtemps on avait vu une pareille crue.

Les départements de l'Orne, de la Manche, de l'Eure, de la Seine-Inférieure et de la Sarthe, ont également ressenti les effets de cette tempête.  

 

Mai 1869   -  L'orage.   -   Mercredi dernier, après un temps assez chaud, le vent soufflant de l'est, le ciel s'est couvert de nuages orageux et, pendant la soirée, le tonnerre a grondé fréquemment.

Plusieurs détonations assez fortes se sont produites. La foudre est tombée plusieurs fois, dit-on, notamment à Troarn, au lieu-dit la Bruyère-Saint-Léonard.  

 

Octobre 1869   -   Incendie.   -   Jeudi, vers trois heures et demie du matin les habitants de la rue des Murs, à Troarn ont été réveillés en sursaut par les cris « au feu ! » En effet, une flamme s'élevait à une grande hauteur dans les airs et projetait sa lueur sinistre sur toutes les maisons environnantes, elle sortait de la cheminée d'une habitation occupée par les  époux Jeanne, journaliers.

Aux premiers cris d'alarme, beaucoup de personnes s'empressèrent d'accourir pour prêter du secours, on fut assez heureux d’éteindre le feu avant qu'il n'eût causé du dégât. On doit particulièrement ce résultat aux efforts du sieur Delalonde, couvreur à Troarn. Ce courageux citoyen, que la société d’ agriculture du Calvados a honoré d’une médaille lors du dernier concours de Troarn, et qu'on est toujours sûr de trouver partout où il y a du danger, s'empressa de monter sur le toit, et à l'aide d'une chaîne qu’il introduisit dans la cheminée, il fit tomber une quantité considérable de suie, et par ce moyen fit disparaître promptement toute espèce d'inquiétude.

On présume que le feu couvait dans la suie depuis quelques jours, le conduit de la cheminée en était presque obstrué, elle n’avait pas été ramonée depuis quelques années.

 

Novembre 1869   -   Fait divers.   -  On remarquait la semaine dernière, dans le jardin de M. Valdompierre, maître d'hôtel à Troarn, un singulier effet de végétation. C'était un poirier de  sucré vert, à haute tige, déjà ancien et d'une certaine étendue, qui était littéralement couvert de fleurs d'une belle conformation, ainsi qu'on les voit au mois de mai. Quand nous l'avons vu, une partie des pétales jonchait le sol, et le fruit entrait dans la période de sa formation.  

 

Décembre 1869   -   Fait divers.   -  Vendredi dernier, vers 4 heures 1/2 du soir, le sieur Delalonde, couvreur à Troarn, fut rencontré sur la route par une lavandière qui lui dit qu'il y avait un homme paraissant mort, qui était étendu sur la berge de la route, près le pont Sauvage, à quelque distance du bourg. Le sieur Delalonde s'empressa de se rendre auprès de l'inconnu pour lui donner des secours, s'il en était encore temps. Il trouva cet homme ivre-mort et ne pouvant plus articuler une parole. Son attelage, composé de trois chevaux traînant une charrette vide, était arrêté auprès de lui. Les chevaux étaient débridés et sans guides.

Le sieur Delalonde, aidé de quelques enfants que la curiosité avait attirés, parvint, non sans peine, à placer cet homme dans la charrette, puis, prenant la direction des chevaux, il se rendit dans une auberge de Troarn pour y déposer l'attelage et le voiturier, mais, en voyant l'état de celui-ci, l’aubergiste ne voulut pas le recevoir.

Le sieur Delalonde ne voulant pas abandonner le voiturier après l'avoir ramassé sur la route, alla solliciter la protection des gendarmes à la résidence de Troarn, auxquels il raconta les faits ci-dessus. Ces militaires firent mettre le voiturier sur le lit de camp de la prison, après lui avoir mis en sûreté une somme de 300 fr. environ, qu'il avait sur lui, et firent conduire les chevaux à l'écurie.

Le lendemain, le voiturier dont il s'agit, plus dispos que la veille, put continuer sa route avec sécurité, quoiqu'il eût encore cependant la tête alourdie par l'alcool.  

 

Décembre 1869   -   Fait divers.   -  Dernièrement, le sieur X..., d'Anfréville, vint au marché de Troarn pour affaire, ensuite, il feta largement Bacchus, c'était à ce point que la route était trop étroite pour ses évolutions désordonnées, aussi alla-t-il tomber dans un fossé à quelque distance du bourg. Des passants entendant les gémissements que poussait le sieur X..., crurent qu'un crime avait été commis et s'empressèrent d'en informer les gendarmes à la résidence de Troarn. Ces militaires allèrent à endroit indiqué et trouvèrent le sieur X….. le cordonnier du pays, qui faisait de vains efforts pour se relever sans pouvoir y parvenir. Ils le ramenèrent à Troarn et le mirent en lieu sûr.  

 

Janvier 1870   -   La population.   -  Mouvement de la population :

VILLE de FALAISE.  -  Naissances, 153 ; Mariages, 67 ; décès, 205.

VILLE de LISIEUX. - Naissances, 306 (enfants légitimes, 242 ; enfants naturels, 64) ; mariages, 104 ; décès, 480.

VILLE de VIRE. - Naissances, 112 ; Mariages, 61 ; décès, 101.

VILLE de TROARN. -  Naissances, 13, dont 8 garçons et 7 filles ; mariages, 8 ; décès, 21, dont 9 du sexe Masculin et 12 de sexe féminin. La population du bourg est  1.000 habitants environ.  

 

Avril 1870   -   Fait divers.   -   Le 13 avril, un garde chasse des environs de Troarn se livrait au plaisir de la pêche, quand il en fut distrait par un individu qui lui sert de rabatteur et qui  vint le prévenir que deux braconniers se livraient, à la chasse, à l'aide de bourses et de furets, dans la propriété confiée à sa garde. A cette révélation inattendue, notre garde-chasse laissa sa pêche au poisson pour se livrer à la chasse à l'homme. Il set rendit aussitôt, chez lui, se munit de sa plaque officielle et s'arma d'un pistolet, qu'il chargea en présence du rabatteur.

  -  Vous n'allez pas les tuer au moins, lui demanda celui-ci en voyant avec effroi ces apprêts peu rassurant.

  -  Soyez tranquille, lui fut-il répondu par le garde-chasse, vous allez, voir comment je sais m'en servir.

Arrivé à une distance, de 150 mètres environ des braconniers le garde-chasse arma son pistolet et fit feu. En entendant cette détonation, les braconniers furent pris de peur et s’esquivèrent à toute Jambe, en laissant comme trophée, aux mains du garde-chasse, leurs poches et leurs furets.

 

Août 1870   -  Mobilisation.   -    La garde mobile du Calvados, formant un effectif de plus de 6,000 hommes, est définitivement constituée, elle comprend quatre bataillons, divisés en huit compagnies chacun.

Le premier bataillon, composé des cantons de Balleroy, Bayeux, Isigny, Ryes, Trévières, Creully, Douvres et Tilly-sur-Seulles, et le quatrième bataillon, composé des cantons de; Caumont, Villers-Bocage, Aunay, Bény-bocage, Condé-sur-Noireau, St-Sever, Vassy et Vire tiennent provisoirement garnison à Caen.

Le deuxième bataillon, composé des cantons de Bourguébus, Caen (Est et Ouest), Évrecy, Troarn, Bretteville-sur-Laize, Falaise, Coulibœuf et Thury-Harcourt, tient garnison Lisieux.

Le troisième bataillon composé des cantons de Lisieux, Livarot, Orbec, Mézidon, St-Pierre-sur-Dives, Blangy, Cambremer, Dozulév  Honfleur et Pont-l'Evêque, tient garnison à Bayeux.  

 

Septembre 1870   -  Pour les blessés.   -    Le conseil municipal de Troarn a pris, le 2 septembre, la délibération suivante : Le conseil propose de prendre à la charge de la commune, de Troarn douze blessés.  

 

Septembre 1870   -  Les effets de la guerre.   -   Sur la route de Caen à Rouen, dans la traversé des marais de Troarn, on défonce la route pour faire obstacle au passage des Prussiens. La tranchée que l'on pratique à cet effet, prend toute la largeur de la route, elle a 30 mètres de long et trois de profondeur. Depuis que la route se trouve coupée, on a établi des ponts  volants sur les fossés voisins de la tranchée pour le passage, par les herbages, des voitures et des piétons. Aucun barrage n'est établi aux extrémités de la tranchée pour éviter les accidents, qui pourront devenir fréquents si  on ne remédie pas à cela. En voici un exemple qui n'a pas eu, fort heureusement, de suites fâcheuses.

Vendredi dernier, sur le soir, le sieur Huet, charron à Sannerville, revenait vers Troarn, conduisant une voiture attelée d'un cheval, et dans laquelle il était monté avec son neveu, jeune homme âgé d'environ 14 ans. En arrivant aux abords de la tranchée, son attention fut distraite par des ouvriers qui étaient dans les herbages voisins et qui lui adressaient la parole. La conversation lui ayant fait perdre toute surveillance, son cheval continua de marcher droit devant lui et vint se précipiter, avec le véhicule, dans le trou béant et profond.

Un voyant cette chute terrible, les ouvriers s'empressèrent de porter secours, ils relevèrent l'enfant, qui était dans un état pitoyable, on croyait qu'il avait les reins brisés, son état était si inquiétant qu'on manda aussitôt M. le curé de Troarn pour lui administrer les recours de la religion. L'enfant fut transporté chez lui avec beaucoup de précautions, et, grâce aux bons soins qui lui ont été prodigués, il est aujourd'hui hors de danger. Le sieur Huet n'eut aucun mal.  

Décembre 1870   -  Fait divers.   -   Depuis plusieurs jours, les oiseaux émigrants passent précipitamment et par grandes masses. C'est un présage de mauvais temps et d'un rude hiver.

Décembre 1870   -  Le temps.   -    Les pluies qui sont tombées depuis quelques jours ont produit une très belle inondation dans la vallée de la Dives. Le temps s'est chargé d'accomplir ce que les hommes avaient projeté de faire. On ne reconnaît plus les limites des herbages et des rivières, les eaux couvrent les bords des fessés et les digues, de telle sorte que la vallée ressemble à un immense lac. Les voitures peuvent encore passer sur la chaussée des marais de Troarn, mais les piétons ne peuvent plus le faire qu'en écaude. 

Un service régulier est établi, à cet effet, par les soins de l'administration des ponts et chaussées, il est confié à un cantonnier. On ne passe plus depuis quelques jours, ni en voiture, ni à pied, sur la route de moyenne vicinalité de Dives à Beuvron, dans la traverse de Pont-du-Haut à la commune de ce nom. Les habitants des communes environnantes sont obligés, pour se rendre à Troarn, de faire un grand détour et de prendre la route de Dozulé à Caen.

 

Avril 1871   -  Fait divers.   -  Beaucoup de communes du canton de Troarn et des environs sont envahis par le typhus. Cette maladie sévit, d'une manière affligeante, sur les bêtes à cornes. Dans certaines communes il est des étables qui sont entièrement vidées par le ravage qu'a causé ce terrible fléau. Des personnes aisées se sont vues tout à coup plongées dans la gène par suite de pertes importantes qu'elles ont subies. Des mesures sont prises par les autorités rurales afin d'empêcher la propagation du fléau. A Troarn, on a fait mettre à la chaîne tous les chiens errants, et des mesures rigoureuses seront prises contre les personnes qui laisseraient vaguer ces animaux.

 

Mai 1871   -  Fait divers.   -  On nous assure que le typhus vient de faire sa réapparition dans le canton de Troarn. Dans deux herbages, l'un de 27 têtes et l'autre de 37, la plupart des bestiaux vont être abattus.  

 

Juin 1871   -  Médecine.   -   Un jour de la semaine dernière, un cultivateur de Troarn se trouvant indisposé, fit appeler le médecin auprès de lui.

L'homme de l'art, après l'avoir examiné, lui prescrivit une purgation avec du sel de Glober Noire malade s'empresse d'envoyer sa jeune servante chez le pharmacien demandera remède prescrit.

La fillette, qui est plus forte sur la question de sentiment que sur les remèdes pharmaceutiques, demanda au garçon de boutique qui était seul, du sel de gros ber.

L'apprenti pharmacien, qui est encore très novice dans la partie, passait en revue les étiquettes de tous les bocaux de la pharmacie, afin de découvrir l'objet demandé sans pouvoir y  parvenir. Par bonheur le patron vint à rentrer et s'informa de ce que l'on voulait.

— C'est du sel de Glober, dit-il, que vous demandez, et non pas de GROS BER, puisqu'il n'en existe pas.

— Dam, mousieu, dit la naïve servante, j'créyais qu'cétait comme cha qu'no m'avait dit de demandé... d'autant pu qu'not' maître n'crache pas sur le gros ber, avec sel ou sans sel.  

 

Août 1871   -  Les maladies.   -   Les communes de Banneville-la-Campagne et de Sannerville sont, depuis quelque temps, affligées par des maladies dangereuses telles que fièvres typhoïdes, millières, accompagnées de pourpre, etc…., qui ont déjà fait quelques victimes. Les personnes qui en sont atteintes, succombent au bout de deux ou trois jours de souffrances. On en attribue principalement la cause à la malpropreté des cours intérieures renfermant plusieurs habitations, et sous les fenêtres desquelles sont déposés des fumiers qui, par leur fermentation sous l'action de la chaleur tropicale que nous subissons, exhalent des odeurs putrides qui nuisent considérablement à la santé publique. 

A Troarn aussi, la salubrité laisse beaucoup à désirer, la santé publique y est gravement compromise par les fumiers et détritus provenant de l'abattoir situé dans le marché, au centre du bourg. D'un autre côté, la rue des Murs, très fréquentée, est dans un affreux état de malpropreté.

 

Août 1871   -  Fait divers.   -  Un singulier phénomène de végétation se fait remarquer en ce moment, dans le jardin de M. Lamare, ouvrier, demeurant à Troarn. Un pommier nain, jeune, frais et vigoureux, est couvert de pommes de reinette grise parvenues à leur maturité. A côté du fruit et sur toutes les branches, on voit un grand nombre de fleurs parfaitement écloses comme à l'époque de la floraison, ainsi que beaucoup de bourgeons à fleurs qui s'ouvrent chaque jour aux rayons du soleil. Quelques esprits superstitieux, en voyant ce phénomène curieux et extraordinaire, prétendent que cette végétation intempestive est un signe de mortalité qui doit arriver chez lui dans l'année.

 

Août 1871   -  Les impôts  -  Seigneur ! Seigneur ! Que va devenir le pauvre monde ? On met des impôts sur tout. 

Sur les chats, sur les serins, sur le tabac, sur le boire et sur le manger. 

Mais ce n'est pas tout encore, figurez-vous qu'un député de la droite, qui en aura sans doute mangé comme .. un satisfait, vient de proposer qu'on mette un impôt sur la teurgoule. 

La teurgoule ! qu'est-ce que c'est que cela, vont se demander les petites maîtresses et les muscadins. 

Mes petits agneaux,  c'est le riz cuit au four, c'est la terrinée, que les gens comme il faut de la campagne appellent de la teurgoule….,.. 

Et cela, parce que les jours de fête, ces nobles goulifards se fourrent de telles cuillerées de ce mets délectable, que la.... bouche leur en teurd !  

 

Octobre 1871   -  Fait divers.   -  Dans la nuit de vendredi à samedi, un malfaiteur resté inconnu, s'est introduit dans une pièce en herbe, située à Troarn, où se trouvait au pâturage un bœuf appartenant au sieur Bissonnet, demeurant en ce bourg, et s'est livré envers cet animal à des voies de fait tellement violentes qu'il est dans un état de souffrance qui donne des craintes sérieuses. On suppose que cet acte de sauvage brutalité et le résultat d’une basse vengeance.  

 

Décembre 1871   -  Fait divers.   -  Vendredi dernier, dans la soirée, la dame Dozeville, marchande de légumes à Troarn, revenait chez elle en retour de Caen, elle, était montée dans sa voiture chargée de provisions. En montant tranquillement la côte dite de la Tuilerie, à Troarn, elle vit venir à sa rencontre une voiture menée à fond de train, elle dirigea son cheval vers la berge pour éviter tout accident, mais ce fut inutilement, car la voiture quelle voulait éviter vint heurter la sienne si brusquement, que son cheval tomba, mais cette voiture qui avait causé le choc, versa brusquement et son conducteur fut précipité sur la route avec une telle violence, que les personnes témoins de l'accident le crurent mort, mais heureusement il  n'en était rien : L’imprudent conducteur était rendu paralysé par l’ivresse.

 

Janvier 1872   -  Nouvelles du Calvados.   -   Le mouvement de la population de Caen, pendant l'année 1871, se résume ainsi :

Naissances..... 702

Mariages…… 268

Décès………. 2138

Falaise : naissances, 136 ; mariages, 48 ; décès, 298.  Lisieux : naissances, 272 ; mariages, 97 ; décès, 721. Vire : naissances, 116 ; mariages, 52 ; décès, 381. Honfleur : naissances, 129 ; mariages, 72 ; décès, 380 ; Troarn : naissances, 16 ; mariages, 5 ; décès, 26.  

 

Février 1872   -  Fait divers.   -  La Normandie a eu dimanche soir le spectacle d'une aurore boréale, ou pour dire plus exactement, d'une aurore polaire. A six heures, après avoir passé par leurs phases ordinaires de mobilité et d’éclat divers, deux colonnes éblouissantes, sillonnées de traits de feu jaune et pourpre, se sont réunies au zénith, pour y former une couronne, dont l’aspect a semblé donner raison à ceux qui soutiennent cette opinion, que ce météore est dû à la matière magnétique qui s’enflamme comme de la limaille de fer.

On eut dit qu'un obus gigantesque venait d’éclater à des espaces incommensurables, allait couvrir la terre de ses débris.

Puis les pluies du météore, obéissant au mouvement de rotation de l'atmosphère qui les entraînait prirent des nuances plus sombres, et finirent par disparaître, pour ne plus laisser dans le nord qu'un immense rideau de pourpre, qu'à minuit et demi, avait entièrement disparu.

Comme de juste, ce phénomène météorologue a donné lieu aux commentaires les  plus étranges, car une croyance populaire veut que le retour de ce, phénomène soit

l’annonce d'un événement important.

   -   C’est signe de mort, disaient les uns.

-   C'est signe de sang, c'est signe de revanche, disaient les autres.

A l'avenir de prononcer.

 

Février 1872   -  Fait divers.   -  L'administration de Troarn, reconnaissant qu'il est indispensable d'avoir une compagnie de sapeurs-pompiers dans l'intérêt de la sécurité publique, a formé le projet de procéder à la réorganisation des pompiers que l'on avait inconsidérément dissous il y a quelques mois. Le 21 janvier dernier, on a procédé à la nomination des chefs.  M. Delarbre, propriétaire à Troarn, a été nommé lieutenant, et M. Amédée Duhamel, sous-lieutenant de la future compagnie.

 

Février 1872   -  Fait divers.   -  L'un de ces derniers dimanches, on a procédé administrativement à la mairie de Troarn, à la vente aux enchères, des pantalons et tuniques que la commune avait prêtés à la défunte garde nationale.

Beaucoup d'anciens gardes nationaux, ne voulant pas laisser tomber en des mains profanes les habits qu'ils avaient salis si glorieusement au service de la patrie, ont fait de généreux sacrifices pour les racheter.

On a beaucoup remarqué, qu'une jeune dame s'en rendue adjudicataire à tout prix, d’un pantalon et d'une tunique, destinés à être offerts en cadeau à son mari, qui n’a cependant jamais fait partie de la garde nationale. Encore un mystère.  

 

Avril 1872   -  Accidents de chemin de fer.   -  D'après la statistique des accidents des chemins de fer en France, depuis 1870, il a été constaté  officiellement que sur les lignes de l'Ouest, la proportion est de un voyageur blessé sur 1 million 600 mille voyageurs transportés.

 

Mars 1872   -  Le gel.   -  Les désastres occasionnés  par les gelées des nuits dernières sont plus graves qu'on ne je suppose généralement. Les lettres que nous recevons de divers points de la Normandie sont unanimes pour le reconnaître.

 

Avril 1872   -  Accident.   -  Vendredi dernier, vers onze heures du soir, le sieur Cahagne, de Caen, revenait du Pays-d’Auge, conduisant plusieurs voitures chargées de barils de cidre. En montant la cote de Troarn avec l’une des voitures, celle-ci fit un mouvement de recul si précipité, qu'elle alla heurter le châssis de la boutique de la dame veuve Hébert, coquetiers, et le  brisa en partie. Le dommage peut s'élever à une q|quarantaine de francs.  

 

Janvier 1873   -   Échenillage.   -  M. le préfet rappelle aux intéressés que la loi prescrit l'échenillage des arbres, haies ou buissons, sous peine d'amende. La douceur exceptionnelle de la température depuis le commencement de l'hiver, qui aura pour effet de hâter réclusion, rend encore plus nécessaire cette année l'exacte application de la loi. 

 

Février 1873   -   Fait divers.   -  Lundi,  sur la grande route de Caen à Troarn, un marchand de tuiles des environs regagnait son logis dans un état qui ne lui permettait pas de diriger la voiture et le cheval qui le traînait.

Touché de cette situation critique, un passant charitable monta dans le véhicule et voulut s'emparer des guides.

   — Je n'veux brin, dit le pochard, laissez faire Lisette, a connaît s'n'afïaire.... Allons, dia ! marches Lisette, et surtout n'fais pas comme l'autre jour, n'me flanque pas la goule par terre.

En effet, Lisette se mit à hennir et à partir au petit trot, et c'est de ce train qu'elle ramena le pochard à sa femme.

    — Allons ! cria, celle-ci en voyant l'équipage, allons, Baptiste, v'nez m'aider à d'sendre vote maitre, le v'lâ co sas comme d'habitude..... Surtout ayez ben soin d'Lisette, car sans elle, y a longtemps que j's'rais veuve !…..

Entre nous soit dit, ce n'est pas que la brave femme tienne énormément à son mari, mais c'est qu'il lui est fort utile dans son commerce.  

 

Avril 1874   -   Fait divers.  -   Les bestiaux amenés à la foire de Quasimodo à Troarn, étaient au nombre de 500 environ, la vente a été lente et difficile et en baisse considérable. Près d'un tiers des animaux est resté. invendu.

 

Juin 1874   -   Bohémiens.  -  Par arrêté de M. le Préfet du Calvados, le stationnement sur la voie publique ou sur les terrains communaux des voitures servant au logement des bohémiens et autres individus nomades, sans profession avouée, est interdit dans toute retendue du département du Calvados. Ils seront arrêtés et déférés aux tribunaux comme vagabonds, leurs voitures seront mises en fourrière jusqu'à la décision judiciaire à intervenir. Quant à ceux qui exerceraient des professions inoffensives, il leur sera accordé par l'autorité des permissions spéciales.

 

Juin 1874   -   Accident.  -  Un accident qui pourrait avoir des suites graves, est arrivé à Troarn, samedi dernier, dans la matinée, à la dame veuve Mutrel, poissonnière à Ouistreham. 

Cette femme a failli être tuée par un coup de pied de cheval qu'elle a reçu dans le bas-ventre. Relevée dans un triste état, elle fut déposée chez M. Marc, aubergiste, où des soins empressés lui furent prodigués aussitôt. Pendant un instant, on craignit pour ses jours, mais, dans l'après-midi, on put, sans danger, la transporter à son domicile. 

Le cheval, cause de cet accident, ayant été mené à la forge pour être ferré, le maréchal l'avait attaché sur le trottoir, de l'autre côté de la rue, en face de sa forge, n'ayant plus de place devant sa boutique, qui était encombrée par d'autres chevaux. Il est à désirer que l'administration locale prenne des mesures pour défendre le stationnement des chevaux et  autres animaux sur les trottoirs du bourg de Troarn, où ils nuisent à la circulation et sont un danger pour la sécurité publique, et d'astreindre les maréchaux à n'avoir devant leur boutique que le nombre nécessaire de chevaux pour leur travail et de ne pas les y laisser stationner après la ferrure terminée.

 

Janvier 1875   -   Éboulement.  -  Vendredi, dans la matinée, le gable d'un appartement situé à Troarn, appartenant à Mme veuve Pointel, et faisant partie de l'auberge exploitée par le sieur Giret, s'est éboulé avec fracas et a dans sa chute, écrasé la moitié d'une écurie qui y était adossée. La perte du sieur Giret est considérable, paraît-il. Il avait établi son caveau au premier étage de cet appartement, et sa marchandise, consistant en vins, eaux-de-vie et liqueurs, tant en fûts qu'en bouteilles, a été ensevelie sous les décombres. On estime sa perte à 1 500 francs.

 

Janvier 1875   -   Le froid.  -  L'année débute mal, le verglas du premier janvier 1875 restera légendaire.  A Paris, le nombre des individus entrés dans les hôpitaux pour blessures à la suite de chutes sur le verglas est de 2 000 au moins. Quant aux chevaux tués et aux voitures versées, le chiffre en est inconnu.

Dans notre région, les conséquences n'ont pas été aussi graves, mais les accidents ont été assez nombreux pour que deux jours durant, nos médecins n'aient été occupés qu'à remettre des jambes brisées et des poignets foulés.

En Normandie, dans la nuit du 29 au 30 décembre le thermomètre est descendu à - 12 degrés. A Orléans, le thermomètre est descendu à - 15 degrés. A Pontarlier, - 20 degrés.

En France, à St-Goussaud (Creuse), le sieur Bergeron, âgé de 32 ans, facteur rural, s'est perdu dans les neiges et a péri de froid.

La ville de Paris vient d'acheter un fond-neige d'un modèle assez curieux. C'est un cylindre roulant, ayant un foyer central qui dégage assez de calorique pour fondre la neige qu'il écrase et pour sécher le sol.

 

Février 1875   -   Grave question.  -  La Cour de Cassation a décidé : 1° que, seuls les propriétaires ou les fermiers avaient le droit exceptionnel de tirer sur les poules des voisins ; 2° qu'ils ne pouvaient les tuer qu'au moment où elles commettaient un dégât actuel et effectif ; 3° et sur les lieux mêmes où le dommage était causé. Ceci s'applique aussi aux pigeons.

 

Février 1875   -   Question.  -  Des canaux de dessèchement ont été établis pour préserver de l'inondation les communes de Troarn, Saint-Samson, Basseneville, Goustranville et  Janville. Les marais de ces quatre premières communes sont sous l'eau depuis un mois, seul, Janville est à sec. Qui nous expliquera ce phénomène ?  

 

Juin 1875   -   Respect aux morts.  -  Samedi, une personne de Troarn est décédée à l'Hospice. L'inhumation a eu lieu le lendemain. Le cercueil était si peu solide, qu'au moment de le descendre dans la fosse, il s'est disjoint au point de laisser voir le linceul aux assistants. C'est la deuxième fois, depuis peu de temps, qu'un semblable fait arrive par la faute du menuisier, et, pourtant, les parents avaient payé le cercueil avec leur argent.  

2017.    TROARN (Calvados)   -  Place du Marché.   E. F.

Les Inondations de 1910

TROARN (Calvados)   -  Au bas de la Côte -Ohé Passeur

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