Édition du Vendredi 1er Mai 2026

 

UN SIÈCLE D'HISTOIRE du CALVADOS 

Eun syielle d'histouère d'Calvados

LE JOURNAL DES ÈVÉNEMENTS, BRUITS ET NOUVELLES DU CALVADOS

 

 

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Une double exécution.

 

Juin 1840   -   Hier de bonne heure, le bruit se 'répandit que l'échafaud se dressait sur une de nos places publiques, et que de cette fois encore ce serait au milieu d'un jour de marché que l'arrêt qui a condamné Stanislas Cucu et Michel Rouland, à la peine de mort, allait recevoir son exécution.

Dès le matin, la foule avide de ce genre de spectacle se porta vers les fossés St-Julien ; des individus, des femmes surtout, pour être certaines d'être placées de manière à ne rien perdre de ce drame sanglant, s'étaient établies plusieurs heures avant l'exécution sur le tremplin des deux côtés de l'échafaud.

A midi les deux condamnés, montés dans la fatale charrette et presque entièrement cachés sous le manteau de deux ecclésiastiques, MM. Lehéribel, aumônier des prisons, et Olivier, qui partageait avec lui sa pénible mission, arrivèrent au lieu du supplice. Cucu monta sans affectation sur l'échafaud et eut bientôt cessé de vivre ; Rouland paraissait beaucoup plus abattu. A cette occasion nous citerons un fait qui nous a été rapporté par une personne présente et qui prouve combien on se trompe si l'on suppose que les exécutions faites au grand jour, sous les regards de la foule, sont d'un salutaire exemple.

Au moment où Rouland descendait de la charrette, et qu'un sentiment naturel de pitié se mêlait à la cruelle curiosité des spectateurs, une voix sortit de la foule pour reprocher tout haut à ce malheureux, dans les termes les plus grossiers, la faiblesse avec laquelle il allait à la mort, et la foule qui se trouvait dans le voisinage se prit à rire à cette interpellation qui ne blessait pas seulement l'humanité, mais qui était un outrage public aux mœurs ! Voilà comment les exécutions moralisent le peuple. Il suffisait de voir la foule revenir rieuse et bruyante pour comprendre que dans les exécutions ainsi faites, il n'y a aucune leçon.

Il paraît que c'est à tort que les journaux de Paris avaient annoncé et qu'après eux nous avions dit que le précédent garde-des-sceaux, M. Teste, avait adressé à MM. les procureurs-généraux une circulaire prescrivant que les exécutions se fissent dès le point du jour et dans un lieu écarté. L'exécution de Cucu et Rouland prouve que cette mesure est restée en projet dans les cartons ministériels. Il faut espérer, dans l'intérêt de la morale publique, que M. Vivien fera ce que son prédécesseur n'a eu que l'intention de faire, et que lorsque l'échafaud se relèvera à Caen, ce sera comme dans la plupart des grandes cités, le plus loin possible des regards. (Le Pilote du Calvados)

 

Le froid persiste.

 

Février 1838   -    Le mouvement des grandes marées a rompu et emporté les glaces qui encombraient la partie inférieure de l'Orne et arrêtaient la navigation. Le paquebot « Calvados », aussitôt que la rivière est devenue libre, a repris le cours de ses voyages.

Les vents qui tiennent obstinément au nord-est, nous menacent de nouvelles gelées. Cette nuit le thermomètre est redescendu au-dessous de zéro et de la neige a recommencé à voler.

On a tué, ces jours derniers, un certain nombre de cygnes qui, au dégel, se sont abattus dans notre contrée. Beaucoup d'oies sauvages y ont également paru.

Jusqu'à présent l'hiver paraît n'avoir eu aucune influence facheuse sur les campagnes. La plante de colza, qui n'a point été repiquée, est la seule que le froid ait maltraitée, la neige n'ayant pu la protéger comme les plantes moins élevées.  (Le Pilote du Calvados)

 

 

Les communes de France

 

Février 1838   -    Il résulte de la situation financière de la France que le nombre total des communes est de 37 232 ; le nombre des communes ayant des octrois, 1 463 ; le nombre des communes ayant des revenus, indépendamment des taxes municipales, 24 345 ; le montant de ces revenus est de 24 124 838 ; le nombre des communes grevées d'emprunts est de 375 ; le nombre de celles imposées pour dépenses annuelles est de 29 855, et le nombre des communes imposées pour dépenses éventuelles est de 6 589. (Le Pilote du Calvados)

 


 

Les drames du froid.

 

Février 1838   -    Le temps, qui est complètement changé depuis quelques jours, permet d'espérer qu'heureusement la phase la plus rigoureuse de l'hiver est passée. Les vents qui soufflent de l'ouest, quoiqu'ayant amené peu de pluies, ont provoqué un dégel très rapide. En moins d'une journée les neiges ont disparu sans que les eaux de l'Orne se soient gonflées autant qu'on devait le supposer.

Au nombre des accidents qui ont été occasionnés par les grands froids notre correspondance mentionne le fâcheux état de plusieurs habitants des communes rurales de notre arrondissement, qui ont eu des parties du corps gelées. Un jeune homme qui, par un des jours les plus rigoureux, amena un cheval à Caen, est rentré chez lui les pieds gelés et a perdu plusieurs des doigts de cette extrémité. Deux autres habitants d'une commune des bords de l'Orne ont été tellement saisis de froid en traversant cette rivière sur une des chaussées, à l'aide des pieds et des mains, qu'ils ont eu l'un une main gelée, et l'autre une partie du ventre qui se trouvait à nu, le pauvre diable n'ayant pu réparer les désordres de sa toilette qu'il avait été forcé de déranger avant le passage. (Le Pilote du Calvados)

 

 

Le bœuf gras.

 

Février 1838   -      On fait parcourir aujourd'hui les rues de notre ville à un très beau bœuf, couvert de lauriers et de rubans, destiné probablement aux honneurs d'une promenade solennelle de carnaval, dimanche prochain, et qui mardi contribuera encore par sa chair, que les fatigues du triomphe auront mortifiée, aux dernières joies des jours gras. (Le Pilote du Calvados)

 

 

Prochaine mise à jour aura lieu Lundi

 1er Juin 2026.

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Les villes et villages du Calvados

 

Les villes et villages de la Manche

 

Le carnaval.

 

Mars 1838   -    Les joies du carnaval ont été froides cette année dans notre ville. Le lundi et dans la soirée de mardi, le temps a été, à la vérité, peu favorable aux mascarades, aussi le nombre des individus qui se donnent les plaisirs du travestissement était-il restreint.

La gêne que la rigueur de la saison a laissée dans une partie de la population a pu contribuer également à refroidir les saturnales de 1838.

Malgré un temps pluvieux, mardi soir, une foule de curieux encombraient les rues principales, mais la soirée s'est ressentie de la tristesse du temps. A l'exception de quelques voitures chargéesde masques, aucune mascarade n'a fixé l'attention des amateurs de ce genre d'amusement. (Le Pilote du Calvados)

 


L'hiver réfute les almanachs.

 

Février 1838   -    Jamais peut-être le baromètre et le thermomètre n'avaient donné autant que cette année de démentis aux horoscopes du célèbre Mathieu-Lœnsberg, patron des almanachs. Depuis trois jours nous sommes, encore une fois, retombés dans les rigueurs de l'hiver. Samedi soir, à 9 heures, il tombait une pluie abondante, et à 10 heures la terre était couverte de neige, une forte gelée a accompagné de nouveau ce brusque changement de température si déplorable pour une partie de la population.

De cette fois, avant de se féliciter de la fin du mauvais temps, il faudra attendre que la saison soit beaucoup plus avancée.

Le froid est, vraisemblablement très intense dans le Nord, car, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, on n'a pas souvenir d'avoir vu dans notre contrée une aussi grande quantité de cygnes. Aussi bon nombre de ces oiseaux ont-ils approvisionné de leur moelleuse fourrure nos magasins de pelleteries. En étendant son manteau de frimas sur la terre, l'hiver apporte ainsi aux riches des moyens de se garantir de ses rigueurs, ce n'est que pour les pauvres que le froid a toujours des souffrances réelles et pas de soulagements. Puissent ceux auxquels il offre le chaud duvet des oiseaux qu'il force d'émigrer, se rappeler qu'il n'apporte que des glaçons pour tous les malheureux !   (Le Pilote du Calvados)

 

 

Toujours le froid.

 

Février 1838   -       -  On attribue à un savant astronome une prédiction d'après laquelle nous n'aurions pas encore traversé les jours les plus rigoureux de l'hiver. Nous ne savons ce qu'il faut croire de ce prétendu pronostic, mais il est certain que le temps est encore très dur.

Pendant une partie de la matinée, il est tombé une neige abondante, et il nous est assuré que, la nuit dernière, le froid, augmenté par un fort vent d'Est, a été si vif que la plupart des moulins que la gelée n'avait pas encore empêché de fonctionner sont arrêtés depuis ce matin. (Le Pilote du Calvados)

 

 

 

 

 

Marée du 6 mars 1817.

 

Février 1838   -    Avranches.   -   Le 6 mars de l'année 1817, la marée offrit à Avranches un phénomène aussi extraordinaire qu'effrayant.

Vers huit heures du matin, la mer avait fait son plein, et déjà se retirait depuis quelques minutes. Tout-à-coup on la vit se soulever et courir vers les côtes avec une épouvantable rapidité. En un instant elle s'étendit bien au-delà des limites des plus hautes marées, et envahit un grand nombre de maisons, dont les habitants, stupéfaits, furent contraints de se réfugier dans les greniers en toute hâte, et avec l'anxiété qu'on éprouve, lorsque la durée et l'étendue d'une pareille invasion ne peuvent être assignés. Une grande quantité de meubles furent soulevés par les flots et portés à plusieurs lieues de distance, au milieu des champs que la mer avait couverts, une multitude d'animaux furent également entraînés.

Ce débordement causa des pertes considérables sur toute la  côte, non seulement dans la baie du Mont-St-Michel, mais sur tout le littoral du département.

Quelle fut la cause de ce retour subit de la mer ? Elle n'a point été depuis signalée, est-ce un tremblement de terre sous-marin ? est-ce un violent coup de vent ? on l'ignore. Ce que l'on sait, c'est qu'il régnait en ce moment une grande agitation dans l'air, et qu'un fort vent d'ouest soufflait.

Il se passa, sous la ville, une espèce de scène du déluge. La mer avait inondé tout le faubourg du Pont-Gilbert. Les habitants avaient été forcés de se réfugier dans les chambres et les greniers. Les lits et tous les meubles avaient été mis à flot. Tous les champs bordant la rivière depuis le Pont-Gilbert jusqu'au bourg de Saint-Jean-de-la-Haize, et au-delà, ne présentaient qu'une vaste étendue de mer. Une maison isolée, située non loin du Pont-Couraye, se trouva au milieu de ces eaux. Le rez-de-chaussée fut bientôt envahi, la famille qui l'habitait n'eut que le temps de se sauver dans le grenier, car cette maison n'avait pas de chambres. Elle était en outre construite en argile, quel moment affreux pour ses habitants !

Combien de temps résistera la maison ? jusqu'où l'eau montera-t-elle ? Dans ces angoisses inexprimables, ils imploraient, par les lucarnes du grenier, la commisération des personnes qui, de la grande route et du haut de la ville, étaient venues voir un spectacle aussi nouveau et aussi inattendu. Qui portera des secours à ces malheureux ?

Un jeune homme, M. Hamelin, se dévoue. Il s'élance, monté sur son cheval, au milieu des eaux, et va, en nageant, jusqu'à cette maison porter des aliments aux malheureux qu'elle contenait.

Au bout de moins d'une heure la marée était retirée. Le poids des eaux et la promptitude de la retraite causèrent une crevasse ou fonte de terre, au bord de la rivière, dans la partie dite de l'S, de plus de 20 mètres carrés, et de 4 à 5 pieds de profondeur, qui n'est pas encore entièrement comblée.  (Le Pilote du Calvados)

 

  


 

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